Si vous souhaitez construire dans une zone classée ou à proximité d'un bâtiment historique, votre projet sera soumis à des contraintes spécifiques en plus des règles d'urbanisme habituelles. Vous devrez notamment obtenir l'accord de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF), qui évaluera l'impact de votre projet sur le patrimoine environnant.
Les différents types de zones protégées
Les abords de monuments historiques
La France protège plus de 45 000 immeubles au titre des monuments historiques (classés ou inscrits). Autour de chaque monument, un périmètre de protection s'applique. Il existe deux types de périmètres :
- Le périmètre classique de 500 mètres : par défaut, un cercle de 500 mètres de rayon est tracé autour du monument historique. Dans ce périmètre, la notion de covisibilité s'applique : l'accord de l'ABF (avis conforme) n'est strictement obligatoire que si votre bien est visible depuis le monument ou visible en même temps que lui depuis un lieu accessible au public. En l'absence de covisibilité, l'ABF émet un avis simple (non contraignant) ;
- Le périmètre délimité des abords (PDA) : depuis la loi du 7 juillet 2016 (loi CAP), les périmètres automatiques de 500 mètres sont progressivement remplacés par des PDA, plus adaptés à la réalité du terrain. Dans un PDA, tous les travaux modifiant l'aspect extérieur sont soumis à l'avis conforme de l'ABF, sans condition de covisibilité.
Les sites patrimoniaux remarquables (SPR)
Les sites patrimoniaux remarquables (anciennement secteurs sauvegardés, ZPPAUP et AVAP) sont des ensembles urbains ou paysagers présentant un intérêt patrimonial. La France en compte plus de 940. Dans ces zones, tous les travaux modifiant l'aspect extérieur sont soumis à l'accord de l'ABF.
Les sites classés et inscrits
Dans un site classé, la protection est renforcée : vous devez obtenir une autorisation de la commission départementale. Dans un site inscrit, seule l'autorisation de l'ABF est nécessaire. Certaines restrictions portent sur les matériaux, les couleurs (volets, portes, menuiseries), les formes architecturales et les hauteurs de construction.
Les conditions à respecter
Votre projet devra s'intégrer parfaitement dans son environnement et répondre à la cohérence architecturale du lieu. L'ABF s'assure que les travaux ne portent pas atteinte au monument historique ou à ses abords, et veille au respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture et au paysage. Concrètement, les exigences peuvent porter sur :
- Les matériaux : pierre locale, bois de section identique à l'existant, enduits chaux-chanvre, tuiles plates vernissées… ;
- Les menuiseries : le bois est souvent imposé (un quart des refus ABF portent sur des menuiseries PVC) ;
- Les couleurs des façades, volets, portes et toitures ;
- Les volumes et hauteurs de la construction ;
- L'intégration paysagère globale du projet.
À noter : seuls les travaux modifiant l'aspect extérieur du bâtiment sont concernés par l'avis de l'ABF. Les travaux purement intérieurs ne sont pas soumis à son accord.
Les autorisations à obtenir
L'autorisation d'urbanisme
Les autorisations d'urbanisme sont les mêmes que pour les constructions classiques (déclaration préalable ou permis de construire selon la nature et la surface du projet), mais l'accord préalable de l'ABF est requis en complément. La mairie se charge de transmettre votre dossier à l'ABF lors de l'instruction.
En site patrimonial remarquable (SPR) ou aux abords d'un monument historique, un formulaire complémentaire (Cerfa 16291*01) peut être exigé en plus des pièces habituelles du dossier. Une notice détaillée des matériaux et des modalités d'exécution des travaux (PCMI 21) est également requise.
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Le permis de démolir
Un permis de démolir est obligatoire avant toute démolition partielle ou totale d'une construction située dans un périmètre de protection d'un monument historique ou dans un site patrimonial remarquable.
Préparer son projet
Consulter l'ABF en amont
Vous avez tout intérêt à prendre rendez-vous avec l'ABF au sein de l'Unité Départementale de l'Architecture et du Patrimoine (UDAP) avant de déposer votre dossier. Cette consultation préalable, gratuite, vous permettra d'exposer votre projet et de le modifier en fonction de ses remarques. En pratique, un entretien en amont réduit significativement le risque de refus.
Vous pouvez également vous renseigner auprès du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement (CAUE) de votre département pour obtenir des conseils gratuits sur l'intégration architecturale de votre projet.
Se faire accompagner par un professionnel
Il est vivement recommandé de se faire accompagner par un architecte ou un bureau d'études, idéalement spécialisé dans les projets en zone patrimoniale. Ces professionnels maîtrisent les attentes de l'ABF et sauront concevoir un dossier conforme aux exigences de cohérence architecturale.
Vérifier la localisation de sa parcelle
Pour savoir si votre terrain se trouve dans un périmètre protégé, vous pouvez :
- Consulter le Géoportail des patrimoines en ligne (atlas des patrimoines du ministère de la Culture) ;
- Vous renseigner auprès de votre mairie ou du service d'urbanisme ;
- Contacter la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) pour obtenir des informations sur les bâtiments classés ou inscrits de votre secteur.
L'instruction du dossier
Dépôt du dossier
Comme pour une demande classique de permis de construire ou de déclaration préalable, vous devez déposer votre dossier en mairie, qui se chargera de le transmettre à l'ABF et aux autorités compétentes. Depuis le 1er janvier 2022, avec la loi sur la dématérialisation des autorisations d'urbanisme, vous avez également la possibilité de le déposer en ligne.
Les délais d'instruction majorés
Les délais d'instruction sont majorés d'un mois par rapport aux délais habituels en raison de la consultation de l'ABF :
- 2 mois pour une déclaration préalable (au lieu d'1 mois) ;
- 3 mois pour un permis de construire portant sur une maison individuelle (au lieu de 2 mois) ;
- 4 mois pour tout autre permis de construire ou permis d'aménager (au lieu de 3 mois).
L'ABF dispose d'un mois (pour les DP) ou de deux mois (pour les PC) à l'intérieur de ce délai pour rendre son avis.
L'avis de l'ABF
L'ABF peut rendre trois types d'avis :
- Avis favorable : le projet est accepté en l'état ;
- Avis favorable avec prescriptions : le projet est accepté sous réserve de modifications (matériaux, couleurs, volumes…). Ces prescriptions sont contraignantes ;
- Avis défavorable : le projet est refusé. La mairie ne peut alors pas vous accorder l'autorisation d'urbanisme.
En pratique, les statistiques sont rassurantes : environ 93 % des projets reçoivent un avis favorable (éventuellement après ajustements), et seuls 6,6 % des dossiers reçoivent un avis défavorable.
Les recours en cas de refus
Si l'ABF refuse votre projet, vous pouvez exercer un recours auprès du préfet de région, qui pourra revenir sur la décision de l'ABF après consultation de la Commission Régionale du Patrimoine et de l'Architecture (CRPA). Toutefois, ces recours aboutissent rarement : l'ABF est confirmé dans environ 80 % des cas. C'est pourquoi il est toujours préférable de trouver un accord en amont avec l'ABF plutôt que de s'engager dans un recours.
Après l'obtention de l'autorisation
Comme pour tout permis de construire, vous devez procéder à l'affichage de l'autorisation sur votre terrain, visible depuis la voie publique, pendant toute la durée des travaux. Le nom de l'architecte auteur du projet doit figurer sur le panneau d'affichage. Vous devez également déposer en mairie une déclaration d'ouverture de chantier avant de commencer les travaux.